
Le sable était blanc, parsemé de petits rochers noirs. Quelques mouettes venaient chercher à manger, elles gémissaient leurs récoltes stériles. Ici il n’y avait rien. Du moins pas encore. Je n’ai pas vu le temps passer. Parfois j’allais prendre la température de l’eau. Elle était merveilleusement claire, mais péniblement froide. Une légère vague se brisait à mes pieds, laissant une faible écume mousseuse dessus. J’ai eu un long frisson. La voiture m’attendait, j’ai roulé jusqu’à trouver une falaise. Une falaise effroyable et en même temps tellement réconfortante. Quand je l’ai trouvé, aussi belle et froide que je l’avais imaginé et un homme était là, regardant le vide. J’ai cru un instant qu’il allait sauté. Il s’est retourné, nous nous sommes regardés, et j’ai vu en dans son regard toute la détresse du mien. Et dans une ardeur indéfinissable, comme si cet homme était un frère, un compagnon, un ami, nous nous sommes serrés dans les bras. Je respirais son odeur, je reconnaissais la mienne. C’était le genre de rencontre que l’on ne fait jamais, le genre de rencontre que l’on ne vit que dans un film. Nous étions en pleine utopie. C’était la rencontre de ma vie, en même temps tellement éphémère. A présent, je crois que si je n’avais pas rencontré ce double masculin, j’aurais peut-être sauté de cette falaise. Au lieu de cela, nous nous sommes allongés, près du ras bord. Les vagues claquaient contre les rochers. Et l'air marin sentait merveilleusement bon. C'était frais et c'est tout ce que nous souhaitions. A vingt centimètre de nous : le vide. Et nous en rions. Nous entendions le cris des mouettes fatidiques, qui semblait rythmer nos longs soupirs et empoignements. L’herbe verte sous nous, nous soulevait presque. Presque.





