dimanche 31 mai 2009


Le sable était blanc, parsemé de petits rochers noirs. Quelques mouettes venaient chercher à manger, elles gémissaient leurs récoltes stériles. Ici il n’y avait rien. Du moins pas encore. Je n’ai pas vu le temps passer. Parfois j’allais prendre la température de l’eau. Elle était merveilleusement claire, mais péniblement froide. Une légère vague se brisait à mes pieds, laissant une faible écume mousseuse dessus. J’ai eu un long frisson. La voiture m’attendait, j’ai roulé jusqu’à trouver une falaise. Une falaise effroyable et en même temps tellement réconfortante. Quand je l’ai trouvé, aussi belle et froide que je l’avais imaginé et un homme était là, regardant le vide. J’ai cru un instant qu’il allait sauté. Il s’est retourné, nous nous sommes regardés, et j’ai vu en dans son regard toute la détresse du mien. Et dans une ardeur indéfinissable, comme si cet homme était un frère, un compagnon, un ami, nous nous sommes serrés dans les bras. Je respirais son odeur, je reconnaissais la mienne. C’était le genre de rencontre que l’on ne fait jamais, le genre de rencontre que l’on ne vit que dans un film. Nous étions en pleine utopie. C’était la rencontre de ma vie, en même temps tellement éphémère. A présent, je crois que si je n’avais pas rencontré ce double masculin, j’aurais peut-être sauté de cette falaise. Au lieu de cela, nous nous sommes allongés, près du ras bord. Les vagues claquaient contre les rochers. Et l'air marin sentait merveilleusement bon. C'était frais et c'est tout ce que nous souhaitions. A vingt centimètre de nous : le vide. Et nous en rions. Nous entendions le cris des mouettes fatidiques, qui semblait rythmer nos longs soupirs et empoignements. L’herbe verte sous nous, nous soulevait presque. Presque.





Quand je suis arrivée sur le seuil de la porte la musique taper et faisait trembler le sol. J’ai reconnu les sons tapageurs mais enchanteurs de Lazy Flow. Je suis rentrée doucement, à petit pas. Jules m’a sauté dessus et m’a embrassé, je l’ai repoussé gentiment et il est parti rejoindre une fille à moitié nue sur le canapé. Hugo m’a fait un coucou de la main et je l’ai vu se diriger sur une autre fille aussi vulgaire que celle de Jules. Ces pauvres garçons n’avaient décidément aucun goût, aucune idée de ce qu’était l’élégance. Bien que je ne pensais pas en avoir non plus. J’avais la tête qui tournait, des gens me disaient bonjour et je voyais leurs visages se rapprocher, s’éloigner de moi, à une vitesse folle. J’ai pris un verre et j’ai siroté ma vodka pure en regardant le spectacle lamentable de nos jeunesses que nous croyions omnipotentes. Fanny est arrivée en courant sur moi, elle me parlait vite, et je n’en ai saisi que des maigres brides : « Ici … Jean qui l’a ramené … c’est fou ! » Ses phrases étaient saccadées par des rires paniqués. Je n’ai pas très bien compris, mais Jean était le meilleur ami de Lucas, et Nicolas était un bon ami de Lucas. Ils avaient du venir ici grâce à lui. A cet instant précis, j’ai eu l’impression de n’avoir rien bu, rien pris. J’avais Lucas en face de moi, qui fonçait sur moi avec un grand sourire tacite. Deux mètres : Ses cheveux avaient légèrement poussé. Un mètre : Ses yeux noirs. Cinquante centimètres : Son odeur. Et puis un frôlement de joue. Un bonjour. Son bonjour impavide, mon bonjour tremblant. Mes jambes ont vacillé, ses yeux n’ont pas cillé. J’étais là, face à lui, face à une absence de quatre mois. Lucas m’a demandé si on pouvait sortir un peu, il me parlait rapidement, sans ce rendre compte que je ne comprenais encore rien de ce qu’il se passait. Il a descendu quelques marches de l’escalier, je dirais une dizaine et il s’est assis là, attendant que je fasse de même. Il a fini par faire claquer son majeur et son pouce avec son index qui m’indiquer que ma place était à ses côtés. Je me suis exécutée, immédiatement.







mercredi 20 mai 2009




La lumière de son studio était trop perçante, mes yeux étaient fatigués. Trop fatigués. Le silence était agréable, c’est ce que j’aimais avec Hugo, il mesurait les choses parfaitement. Jamais un silence n’était gêné. Je me suis déshabillé, sans aucune pudeur. Je l’avais égaré depuis longtemps. Je suis rentrée dans le lit et il m’y a rejoint. Il était allongé sur le dos, en caleçon, et fixait le plafond comme un mystère insondable. Il a pris le cendrier sur la table de chevet, et a allumé une cigarette. Je sentais l’odeur rampait jusqu’à moi. Hugo a toussé légèrement, j’ai sursauté, j’ai cru qu’il voulait me rappeler sa présence, mais il cherchait seulement à me parler. Sans me brusquer. J’ai murmuré, d’un long murmure plaintif :
« Hugo…
- Mathilde ?
- …
- Je m’appelle Lucas.
- Hein ?
- Je suis Lucas, allez vas-y, dis moi.
- A quoi tu joues ?
- Tu comprends oui ou non ? Ce soir, enfin non, cette heure-ci, je suis Lucas, parle moi de tout ce que tu veux me dire. Tout ce que tu ne m’as pas dit. Dis moi.
- Je … »
Il me demandait de faire tout ce dont je rêvais depuis des mois, des années peut-être. Dans ma tête anéantie par la douleur, les idées s’attisaient. J’ai respiré. Allumé une blonde. Et comme si j’avais préparé ces longues objurgations amoureuses, j’ai fini par parler.

AC Slater feat. Fagget Fairys - Kuku (Urchins Remix)



samedi 9 mai 2009








Cette nuit ci, nous étions dans un parc, Nicolas, Fanny, Eliot, Lucie et Matthieu nous avaient rejoint. Nous avions une dizaine de bouteilles d’alcool pour nous épauler. Nous ne fêtions rien, nous n’avons aucuns justificatifs pour boire comme nous le faisions. Chaque fois c’était la même chose. Nous buvions pour rire facilement. Nous avons ouvert les bouteilles et nous nous lancions des bravades alcoolisées. D’habitude j’arrivais à me contrôler ou du moins, même si les autres le voyaient, dans ma tête ils avaient devant eux une fille sobre. Cette fois ci je n’ai pas fait semblant. J’ai bu, sans refouler aucuns sentiments. Je regardais les autres rire, une vraie fantasmagorie. J’étais fasciné par tant d’excès et de joie. Il y avait les gens et moi. Nous étions séparés par une barrière invisible. Hugo me regardait en train de rire toute seule. J’ai pris une autre bouteille et j’ai bu, Lucie s’approchait de moi, un peu trop près, elle s’accrochait à mon cou et me faisait mal. Je voyais vaguement Fanny qui caressait la cuisse de Jules, Nicolas arrivait par derrière Lucie et l’éloigner de moi, Etienne et Hugo en amis fraternels hurlaient de rire. J’ai pris peur. Je me suis éloignée. J’ai marché, à travers le parc, à travers les jeux d’enfants. J’ai tourné en rond. Quand je suis revenue vers l’escouade que nous formions, ils étaient tous en ligne à s'amuser. J’ai pris quelques bouteilles qui traînaient, vides et mornes, je les ai cassées. Avec le bruit aigu du verre brisé, ils ont relevé la tête, surpris. Nicolas a soupiré : « Il fallait bien que l’un d’entre nous le fasse. »
J’ai éclaté de rire cristallin. J’ai ris longuement et ils me regardaient tous, ne sachant pas très bien pourquoi je riais tant. Je me suis laissée tomber sur les genoux, et j’ai ramassé des bouts de verre. Je me suis assenais des coups violents avec, sur les bras. Ils continuaient à me regarder, pendant que mon rire se transformait en crise de larmes. Ils blêmissaient à vu d’oeil. Je serrais le verre dans ma main en sang. Hugo m’a pris les mains, et je criais. Je criais ma haine pour Lucas. Je criais tout ce que j’avais refoulé pendant des années. Je les voyais me regardé comme une chose pathétique, j’étais effrayé, souillée de sang. Hugo m’a pris pars les mains, et m’a amener loin.

jeudi 7 mai 2009




« Toi et Nicolas vous avez abusé. Pourquoi vous m’avez pas dit que vous alliez chez Jules Samedi soir ?
- Tu le connais ? »
J’étais réellement étonnée qu’elle puisse le connaître.
« - Oui, je l’aime bien Jules en plus. J’avais des vues sur lui l’an passé. »
Je me suis sentie minable, abominablement nulle. Mais est ce réellement ma faute ? Je suis restée muette, et je crois que c’était encore plus stupide que cette histoire avec Jules. Fanny a compris. Fanny m’a regardé longuement et a fini par me lâcher, avec une froideur que je ne lui connaissais pas :
« J’aurais pu m’en douter.
- Je ne savais pas qu’il t’intéressait, j’aurais pas fait sinon.
- Oui mais tu as fais. Bref et Lucas tu as des nouvelles ? »


J’ai tressailli.


J’avais sous-estimé cette fille. Elle était bien plus fine que je ne l’avais cru.
J’ai passé une main dans mes cheveux, mes longs cheveux épars. J’avais une haine inimaginable pour sa question. J’étais paralysée, en plein effroi face à cette interrogation si difficile, si insensée. Je me suis retrouvée là, inondée de larmes et de pensées. J’ai rassemblé ce qui me resté de fierté et dans un murmure à peu prés séant je lui ai dit :



« Non, et je n’en n’aurais pas. Je n’en n’aurais plus et tu le sais. Maintenant si tu penses que Jules mérite que l’on se fâche, je trouverais ça nul. Si tu voulais te venger parce que j’ai couché avec un gars, dont j’ignorais totalement le fait qu’il te plaisait, c’est réussi. Merci. Mais je t’en pris, ne me renvois pas l’image de Lucas au visage. »
J’aurais pu lui parler des heures et des heures. M’excuser et tout ce genre de choses. Mais non je suis restée éteinte et je suis rentrée en cours.




samedi 2 mai 2009






Dans ce silence apaisant et ce décor reposant je me suis allongé. J’ai tiré une couverture sur moi comme un linceul. J’ai soufflé, décompressé. Et je me suis endormie. Enfin.
C’est la porte grinçante de sa chambre qui m’a réveillé. Il est entré et m’a sourit. Je n’ai eu nullement la force de le lui rendre. Sa fenêtre donnait sur un petit toit, je l’ai enjambée et je me suis installée sur les tuiles encore mouillées. J’ai allumé une cigarette, ma dernière. Il m’a rejoins et il s’est mis à fumer également.
« Tu vas mieux ? » m’a t’il susurré.
« - Oui je crois, désolée, tu m’excuseras auprès de eux aussi.
- Ne t’en fais pas pour eux, l’essentielle c’est que je sois certains que toi tu ailles vraiment bien.
- Tu es gentil avec tout le monde non ?
- Non, tu étais seule et perdue et tu m’as perturbé.
- Tu m’as deviné et ça m’a énervé.
- Je m’en suis vaguement douté, tu sais.
- Tu vois bien comment sont les gens toi. »

Il n’a pas répondu. Il captait merveilleusement bien les émotions. Je ne savais pas comment partir de chez lui, parce que j’avais l’envie d’y rester éternellement.